La République Démocratique du Congo a enregistré des avancées significatives en matière de prise en charge du VIH pendant les quatre dernières années. Ces avancées sont d’autant plus significatives que le nombre des personnes vivant avec le VIH et mis sous des médicaments antirétroviraux (ARV) a été multiplié par 2,5 passant ainsi de 121.762 en 2015 à 321.222 en 2019 (rapport PNLS 2016, 2019), représentant 61% des personnes vivants avec le VIH. Malgré ces avancées, il se dégage une inégalité entre les adultes sous traitements ARV et les enfants. La répartition par âge montre que 66% des personnes adultes vivants avec le VIH ont bénéficié du traitement antirétroviral contre seulement 35% des enfants.

Pour répondre à ses disparités, l’Unité des Maladies Infectieuses (UMI) à l’hôpital pédiatrique de Kalembelembe, crée en 2002 sous l’initiative du ministère de la santé avec ses partenaires (Croix Rouge de Belgique, UNICEF, PAM) et qui a connu, successivement, l’appui technique de la Croix Rouge de Belgique, l’Université Nord Caroline CH, Elizabeth Glaser Pediatric AIDS Fondation et présentement de Humana People to People avec le financement de PEPFAR et d’autres intervenants (La main sur le cœur, Elan de chœur et Echo-Congo), était le premier centre de prise en charge pédiatrique du VIH en RDC et parmi les premiers à implémenter les activités de prévention de la transmission du VIH de la mère à l’enfant  dans 5 maternités satellites de la place (CS Vijana, Kitega, CME Barumbu, CME Bumbu et CHE Matete). En plus de cela, elle contribue à la prise en charge des enfants, adolescents et jeunes victimes de violences sexuelles. Ce service a aussi mis au point une base de données relative à la prise en charge pédiatrique du VIH. Grâce à l’application de son modèle innovant de l’annonce du statut sérologique VIH au travers de l’implication directe des pairs éducateurs adolescents/jeunes, 1368 enfants et jeunes adolescents ont déjà été pris en charge par cette unité et ont été accompagnés psychologiquement au cours de ces 5 dernières années. À ce jour, 20 adolescents/Jeunes vivants avec le VIH formés comme pairs éducateurs continuent de jouer un rôle important dans ce modèle d’accompagnement et de suivi de leurs camarades, aussi bien à Kalembelembe que dans d’autres formations sanitaires de la ville et des provinces. Cette approche, apporte une dimension socio-culturelle à la prise en charge du VIH et psychologique dans l’annonce du statut sérologique, aide à stimuler la résilience des patients.

Un jeune de 16 ans témoigne des bénéfices d’avoir reçu la prise en charge pédiatrique à l’hôpital de Kalembelembe et parle de l’accompagnement des pairs éducateurs: « je négligeais le traitement puisque je ne savais pas pourquoi je le prenais et je tombais souvent malade. Craignant la détérioration de mon état de santé, ma mère et l’infirmière qui me prenait en charge décidèrent de m’annoncer que j’étais infecté par le VIH. Choqué, sidéré et révolté, je me suis renfermé sur moi-même, refusant tout médicament, je mangeais à peine et je n’allais même plus à l’école. Lorsque je suis arrivé à l’hôpital de Kalembelembe, avant même de voir les médecins, j’ai été reçu par un groupe des jeunes comme moi et ils m’ont conduit dans leur bureau. Bien que hésitant au début, en échangeant avec eux, j’ai découvert que je n’étais pas seul au monde, nous étions toute une famille et ils m’ont redonné goût à la vie. Ils ont acheté à manger et nous avons mangé ensemble moi qui n’arrivais même plus à avaler la nourriture depuis qu’on m’a annoncé que je suis infecté par le VIH. Je suis devenu un pair éducateur pour aider aussi les autres ».

Le dépistage familial du VIH a permis d’identifier et de dépister un nombre important d’enfants; d’identifier un nombre important d’adultes au travers des enfants vivant avec le VIH. C’est une occasion d’encourager la survie de l’enfant en évitant qu’il ne devienne orphelin et d’accroitre les objectifs de la prévention de la transmission du VIH de la mère à l’enfant pour les grossesses à venir. Cela, a permis d’enrôler en 6 mois autant de personnes qu’en 7 ans (lorsque le dépistage est systématiquement proposé). Selon Dr Faustin Kitetele, médecin chef de service des maladies infectieuses à l’hôpital pédiatrique de Kalembelembe : « Avec les approches psychosociales développées durant toutes ces années, le dépistage précoce, le résultat du traitement ARV qui a transformé le VIH en une infection chronique, l’accompagnement des patients par les pairs qui joue un rôle déterminant dans le réveil de la conscience et de l’acceptation de soi, il a été constaté que les adolescents d’aujourd’hui sont plus résilients et plus ambitieux que ceux d’hier. Certains de nos jeunes qui avaient accepté leur situation hier et qui ont eu la chance d’étudier, terminent leurs études universitaires et sont dans la vie active. Certains sont même engagés dans des ONG où ils continuent des activités psychosociales qu’ils menaient à l’hôpital en tant que volontaire ».

 

Malgré ces avancées, dans un pays où la couverture en prévention de la transmission du VIH de la mère à l’enfant et la couverture en sécurité transfusionnelle n’atteignent pas 90%, le dépistage précoce du VIH dans le service de pédiatrie n’est pas toujours courant. A cet effet, il est primordial de répondre à certains obstacles/défis existants tels que : le nombre insuffisant des prestataires formés et actifs impliqués dans la prise en charge pédiatrique du VIH; la non application des directives nationales en rapport au dépistage précoce et au suivi des enfants infectés par le VIH. L’annonce du statut sérologique aux enfants et adolescents demeure un problème majeur pour une bonne prise en charge des adolescents vivants avec le VIH. En plus, on note une quasi-inexistence d’un système de suivi efficace des enfants et adolescents en cas de non-respect de rendez-vous ou d’une mauvaise adhérence au traitement antirétroviral. Pour surmonter ces défis, il faut renforcer les notions de la prise en charge pédiatrique du VIH dans le cursus de formation des médecins et infirmiers et renforcer les capacités des prestataires dans ce domaine pédiatrique du VIH. Promouvoir l’approche des pairs éducateurs et le soutien psychologique dans le suivi des adolescents et jeunes vivants avec le VIH (extension de ces approches dans d’autres sites) est une priorité. Enfin, il faut encourager des recherches pour arriver à mettre au point des stratégies innovantes permettant de dépister un grand nombre d’enfants et adolescents infectés par le VIH et promouvoir la prévention du VIH dans les milieux scolaire et non scolaire.